Les poids lourds responsables du chaos sur les routes ?


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Des mesures d'interdiction de circulation n'ont pas toujours été respectées. Ce qui n'a pas amélioré la situation.




Les poids lourds sont ils responsables de l'asphyxie des axes routiers autour de Montpellier, et, au-delà, de l'A9 et de l'A750 ? La société d'autoroute Vinci, concessionnaire de l'A9, le dit clairement. Jeudi 1er mars, en début d'après-midi, elle expliquait “notamment” la situation par “le non-respect par de nombreux poids lourds de mesures d'interdiction de circulation”.

Le blocage de l'autoroute commence avec l'accident survenu entre Poussan et Gigean, mercredi matin, à 10 h 30 : un poids lourd qui circulait vers l'Espagne se couche sur deux voies et déverse une partie de son chargement sur les voies opposées. Dans la foulée, un second poids lourd se met en portefeuille, bloquant les trois voies en direction de l'Espagne. La suite : une embolie rapide des voies de circulation, bloquées par les camions en galère.

Pas joué le jeu

Pour Jordi Caumes, responsable d'exploitation chez les Transports des Hauts Cantons, société basée à Mireval (Hérault), le problème réside bien dans le fait qu'on a laissé les poids lourds entrer sur l'autoroute. “J'ai appris qu'il y avait eu une interdiction lorsqu'un de mes chauffeurs m'a appelé, après s'être fait arrêter par un gendarme qui lui signifiait qu'il n'avait plus le droit de circuler”, s'étonne le responsable.

Et si l'A9 avait été, d'entrée, fermée à ses utilisateurs les plus encombrants, puisque l'arrivée de la neige ne faisait pas de doute, la seule incertitude portant sur l'arrivée consécutive du redoux ?

“Bien sûr, il fallait interdire aux camions de rouler. Mais il n'y avait pas de barrières, ni sur l'autoroute ni sur les nationales. Pourtant, les gendarmes savent faire. Ils stoppent les camions, ils les parquent sur le côté de la route... Mercredi, il n'y a rien eu de tout cela. Alors, si on ne nous arrête pas, pour moi, c'est qu'il n'y a pas d'interdiction !”, observait jeudi matin Claude, chauffeur routier, après une nuit passée à la sortie de l'autoroute A9, à Saint-Jean-de-Védas.

“Fermer l'autoroute est une décision très compliquée”, nuance Denis Laurent à la communication de Vinci, qui rappelle que l'axe est stratégique, “c'est la liaison entre l'Espagne et la Belgique !”, “Tout ça se fait en concertation avec monsieur le préfet”, précise-t-il.

Pierre Pouëssel, le préfet de l'Hérault, rappelle le fil des événements : “La préfecture de zone de défense et de sécurité, basée à Marseille, a pris un arrêt d'interdiction de circulation des poids lourds sur l'autoroute à 15 h. Ceux qui étaient déjà engagés sont arrivés à Montpellier vers 16 h, au moment où il neigeait le plus fort, alors qu'initialement, un redoux était annoncé”, précise-t-il.

Alors que les difficultés s'accumulaient, lui-même a pris un arrêté d'interdiction de circulation sur l'ensemble du département, à 17 h.

Il ne “veut pas polémiquer” mais pour lui, les poids lourds “ont détourné l'interdiction” : “Des camionneurs ont tenté de rallier Montpellier en s'engageant sur les départementales, un flux inattendu de poids lourds est arrivé sur les routes et a empêché le bon écoulement du trafic”, déplore le préfet de l'Hérault qui pointe encore la particularité de ce “tuyau” autoroutier “sans possibilité de sortie” mis en place entre Lunel et Sète, depuis le dédoublement de l'A9.

Les transporteurs refusent d'être les moutons noirs de l'enfer blanc. Eux aussi se disent piégés.

“Un 44 tonnes en montée, ça glisse”

Quand il a été informé, Jordi Caumes assure qu'il a donné l'ordre à tous ses chauffeurs de s'arrêter, mais les problèmes, eux, ne faisaient que commencer pour cette société de transport de marchandise générale moyenne-longue distance. Ses poids lourds circulent essentiellement entre Bordeaux et Marseille.

“Quand ils ont fermé l'A9, ils ont fait sortir beaucoup de véhicules à Sète. Mes camions ont pris la voie rapide, et évidemment avec la neige, un 44 tonnes en montée, ça glisse très vite”, détaille-t-il, agacé que la faute soit remise sur les chauffeurs poids lourds.

“Ils se sont arrêtés quand ils ont pu. J'ai même des gars bloqués à Carcassonne depuis mercredi après-midi”, explique le responsable d'exploitation, qui commence à dénombrer des pertes financières.

Pour lui, les services publics n'ont pas réagi à temps. Il s'indigne qu'ils se permettent ensuite des critiques à leur égard. “Pourtant, tout le monde est bien content quand les rayons des supermarchés sont pleins”, accuse Jordi Caumes, qui réfléchit toutefois à d'autres raisons d'un tel blâme envers sa profession : “Car il y a aussi les poids lourds étrangers, qui ne respectent pas forcément la législation française, ne serait-ce que sur les temps de travail. Puis eux, leurs patrons sont loin, ils ne les ont pas toutes les dix minutes au téléphone. Ils sont plus livrés à eux-mêmes”, reconnaît-il.

À peine le déblocage engagé, déjà, les polémiques. Et forcément des leçons à en tirer.